• Tricot futur

     

     

    Nous reprenons Qui a peur de Virginia Woolf?. Nous retrouvons les mots, les déplacements, les impulsions. Les sensations, le rythme. Nous remontons dans le temps. Nous nous promenons dans une forme déjà trouvée, il y a du travail, mais c'est un grand confort quand même, que d'avoir laissé reposer le spectacle pendant un an et demie, il reste des évidences, et le bonheur pour les comédiens de pouvoir faire confiance à la mémoire des corps. Regard extérieur, je suis le texte, confirme, corrige, un oeil sur le manuscrit, un autre sur le plateau, et parfois sur la vidéo quand un mouvement nous échappe. Rassurante immersion, les marques se retrouvent dans le plaisir.

    Je me prends à rêver, dans les interstices, à ce que sera mon prochain texte. Un tricot très serré, un nid tissé de plusieurs voix, de plusieurs couleurs. Une toile, un paysage, fait de voix entremêlées, encore un choeur. Des récits, des monologues tissés, des personnages partageant un même lieu d'attente et de colère. Je ne sais pas encore ce que seront ces fils, sinon qu'ils auront chacun leur couleur et se rejoindront parfois, des hommes, des femmes, jeunes, faisant l'expérience de la marge (c'est toujours Perdre). Mon tricot futur, ce sera, si j'ai assez de fil, comme dix romans en même temps, et du théâtre, et aussi de la danse, enfin cette forme chorale qui m'a tant plus ces derniers mois chez Pina Bausch, Alain Platel, Maguy Marin ou Christoph Marthaler. Un tricot tendu, avec quelques morceaux de douceur. Un tricot énervé, pour éponger la peine. Une organisation de mondes, une convergence. Un étendard. 

    C'est qu'elle ressemble aussi pas mal à un tricot, ma vie professionnelle, en cette saison 2010-2011, avec pour fils mes trajectoires sur une carte, avec cette nécessité de sans cesse passer d'un projet à l'autre, d'une urgence à l'autre, un tricot presque sans trou, mais un tricot tout de même précaire, il ne faut pas exagérer, les lainages professionnels sont si prompts à se détendre. A Bordeaux je rêve, tout en répétant, aux ateliers d'écriture que je vais mener toute l'année avec des personnes âgées autour d'un feuilleton radiophonique. J'irai ensuite travailler à Paris à Théâtre Ouvert, sur un projet mené par Cécile Backès: J'ai vingt ans qu'est-ce qui m'attend, deux semaines de chantier autour de thèmes qui ne sont pas très loin de Perdre. C'est dans l'air, c'est urgent, les lycéens sont dans la rue et le gouvernement s'obtine à s'attaquer à tout ce qui fait lien. Je vais parler de commandes futures, je vais retrouver Maladie de la Jeunesse et Qui a peur du loup?. Je vais aller mener une expérience d'écriture collective à Nantes, puisque j'ai été retenue par la revue de poésie Ce qui secret pour une résidence en décembre. Je vais assister à la parution d'Alors Carcasse chez Cheyne éditeur et continuer à suivre le chemin de Nous les vagues. Je vais continuer à lire dix textes par mois pour nos échanges au Théâtre de la Colline. Je vais aller voir quelques spectacles. Je vais chercher du travail pour la saison prochaine. 

     

     

     

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