• Un mage en été, d'Olivier Cadiot

     

    Lire un livre d'Olivier Cadiot est une gourmandise que je m'autorise sans modération, c'est un moment "pour moi", un plaisir drôle et sensible et surtout une façon, comme avec le livre de Marie Cosnay, de me plonger, avant d'être happée par d'autres projets, en pays de poésie.

    Olivier Cadiot est un mage, parce qu'il entre dans une image, et voyage dans l'espace et dans le temps. Il est un mage, parce qu'il réinvente le narrateur omniscient, qui vit entièrement les choses en même temps qu'il crée les images, avec les yeux, les oreilles, les mots. Il est un mage, parce qu'il redécouvre l'imagination, et nous la donne à voir comme une chose hautement magique. Il est un mage, il est content de lui, et nous donne à partager le bonheur d'écrire avec beaucoup de malice.

    La première chose qui me vient à l'esprit en lisant ce livre, c'est qu'il est résolument contemporain, quelques lignes, et j'ai l'impression que, dans sa forme même, est pris le portrait d'une époque. Et pourtant le média est vieux comme le monde, son point de départ est un peu moins vieux que le monde, mais tout de même: une photo. Mais en inventant, par l'écriture, toutes les dimensions possibles de cette photo (une femme qui se baigne, et nous revoilà par exemple à revivre la chute de l'empire romain), en jouant de tous les possibles de l'espace et du temps (zoomer / dézoomer, accélérer / revenir en arrière / arrêter l'image) il écrit en homme de la technologie et du virtuel, il écrit des choses qui auraient pu être écrites à une autre époque, mais il l'écrit comme seul un homme de 2010 peut l'écrire à mon avis, ou du moins fait en sorte que nous le recevions avec toutes les références à un rapport au monde, à le pensée, aux images, extrêmement actuel. C'est assez rare pour que j'insiste là-dessus, et puis voilà, ça rentre dans la liste de ce-que-j'aimerais-bien-mettre-dans-ce-que-j'écris-comme-élément-indispensable.

    Bon. Olivier Cadiot plonge même dans les mots, décortique une phrase de Nietzsche, y entre et en sort comme dans l'eau du début. Il est là, dans l'été, et se promène dans le monde. Il ajoute des images, des schémas, il nous explique. Il n'a pas d'autre projet que d'être là, dans l'été, de nous faire rêver et de nous faire sourire. Il nous montre les ficelles, et pourtant la magie demeure, le charme.

    L'écriture de Cadiot, c'est aussi, surtout, un rythme propre, un sens des accélérations, des ruptures, des formules. Comme dans Fairy Queen (où une fée est invitée chez Gertrude Stein pour y faire une performance), il y a urgence à produire la magie, qui n'est autre que l'énergie vitale.

    Puis le cadre se resserre sur ce mage qui n'en est pas un, sur ses recherches généalogiques et les antécédents familieux magiques, sur l'inventaire des objets de sa maison de campagne. Suite des promenades temporelles, puis évocation du corps. Une maladie? Se promener, super-puissant dans l'espace et le temps pour s'échapper du corps, ou tout simplement pour en faire l'expérience: "Vous n'imaginez pas ce que peut un corps."

     

     

     

     

    « La langue maternelle, de Marie CosnayUn vol »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :