• Un pas après l'autre, Carcasse

    Je continue à enquêter sur ce personnage Carcasse qui découvre le monde à Monplaisir, quartier d'Angers. Je n'ai malheureusement pas pu aller sur place pour le rencontrer, l'encourager, mais les documents continuent à arriver en ligne grâce au travail de terrain de David.

    Je regroupe ici les dernières étapes. Bien sûr si vous avez des messages, des réactions, des questions pour Carcasse, laissez un petit mot ci-dessous et nous lui transmettrons.

     

    Premier épisode du ciné-Carcasse:

    Tous droits réservés Compagnie map

    cie.map@laposte.net

    www.compagnie-map.fr

     

     

    Nouveau témoignage de Carcasse lui-même sur sa sortie dans la ville:

    "Mercredi 4 décembre 2013

    J'ai marché sans discontinuer sur des couleurs joyeuses.
    Je voulais regarder aux quatre coins de ma promenade, découvrir des obliques secrètes, révéler des cachettes à ciel ouvert.
    Sur tapis vert pour commencer, où de nombreux dessins sur les murs attirent mon œil curieux. Deux fois, trois fois, on me répond qu'on ne sait pas qui a fait ça. Et soudain, cet enfant prend le ballon dans ses mains et crie aux autres : " c'est Carcasse! ". Et " y'a Carcasse " rebondit contre les murs, saute de terrain en terrain, traverse les rues et c'est maintenant une nuée d'enfants qui me pressent de questions.
    Ils veulent savoir si je suis vrai!? Si c'est vrai mon histoire? Et qu'est-ce que c'est que cette masse qui déforme les mailles de mon pull? Et comment je fais pour manger? Et si je suis allé à l'école? Et pourquoi j'ai de si drôles de chaussures? Et pourquoi je veux aller à la bibliothèque? Tu sais lire? Je croule littéralement sous leurs assauts incessants. Il ne me reste qu'à reprendre ma route, fuir en quelque sorte, après leur avoir tout de même avoué que je ne suis pas bien différent d'eux.

    Je me dirige donc vers la bibliothèque.
    Comme d'un essaim dont je serais la reine, de petites grappes d'abeilles se détachent, d'autres se raccrochent et le ballet des questions reprend, et à l'intérieur de la bibliothèque, rien n'y change! D'un rayonnage à l'autre, de nouvelles têtes apparaissent et les autres maintenant répondent à ma place à leurs questions. J'essaye de me concentrer sur les livres colorés qui s'étalent sous mes yeux et je tombe sur " Sac d'os ", sur " Une vie "… et sur différents guides touristiques, Paris, Tunisie, Thaïlande. Alors, à mon tour j'ai une question à poser, je leur demande s'ils ont voyagé. Oui, Paris, Espagne, Guinée et l'Italie aussi et... et les voilà qui se chamaillent, doutant des destinations des uns des autres.
    Je m'éclipse.

    Un long ruban rouge-orangé, absolument invisible de mes fenêtres, m'indique le chemin. Au-dessous, le muret en ardoise donne envie de s'y asseoir pour regarder les flots immobiles et apaisants de cette sorte de rivière baignée par la couleur franche d'un coucher de soleil.
    Et maintenant, face à moi, le serpent gris d'une passerelle glisse par-dessus les voies de chemin de fer; à ma gauche, le petit chemin ensablé invite à plus de mystère. Je m'y engage et débouche dans un parc calme où je profite de la verdure et je sens la souplesse de cette terre accueillante sous mon pas lourd.
    Et de vert, le sol vire au jaune. Un tapis magnifique et doux de feuilles étanche un peu plus encore ma soif de découverte.

    Ici, c'est un chemin de terre fraîchement strié de chevrons, en creux comme en volume, qui mène à un amoncellement de tubes métalliques : des échafaudages. Leur rectitude semble inadaptée aux rondeurs de l'immeuble qui leur est attribué et on dirait que les murs absorbent dans leurs formes ondulantes ces flèches menaçantes..

    Un trait bleu et véloce traverse le paysage. Un train. Un train pour aller aux Sables d'Olonnes comme l'a confié tout à l'heure un de mes jeunes compagnons d'errance. Et puis, un avion dans le ciel dessine son chemin d'un coup de crayon de fumée blanche. Et puis des voitures vont et viennent sur l'asphalte gris, au gré des marquages et panneaux signalétiques. Train, avion et voitures défilent sous mes yeux comme autant de promesses d'un ailleurs plus loin encore...

    Songeur isolé au centre de cette placette entourée d'immeuble bas, j'aperçois les flèches jaune, orange et rouge du clocher, face invisible de ma hauteur, pointer justement vers les fenêtres de mon dixième étage.
    Je rentre chez moi.
    "

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