• Une journée normale

     

    Qu'est-ce que ça lutte. Comme si les textes il fallait aller les chercher de plus en plus loin. Les certitudes aussi, et la satisfaction. A devenir un métier l'écriture se montre dans toute sa dimension de travail. Un par un, les mots, me les sortir du ventre à mon corps défendant.

    (Et réellement, mon corps, pour se défendre, développe toutes les stratégies qu'il faut: piquer les yeux, dormir, dormir, avoir froid puis avoir chaud puis avoir envie de manger n'importe quoi, ne pas arriver, plus de deux minutes à fixer l'écran, avoir la bougeotte, avoir les nerfs en pelote, boire du thé, faire pipi, boire du thé, faire pipi (ad lib), attraper le téléphone, le reposer, vider les poubelles, aller re-vérifier la boîte aux lettres au cas où le facteur aurait décidé, aujourd'hui, de passer deux fois comme d'autres sonnent toujours, etc)

    Mon esprit ne fait pas mieux: pour gagner en concentration je quitte facebook à 9h (adieux larmoyants dans ma boîte mail, "vous allez manquer à vos amis", etc...), je rouvre mon compte à 15h, passe vingt minutes à lire ce qu'il y a eu de nouveau entre temps.

    Je lis mes ébauches de texte à voix haute, chronomètre, perds le fil, recommence, ai l'impression désagréable que tout s'écoule de mon clavier, que rien n'a de forme, de fond, de fin.

    Quand on me demande je dis "je me bats", je dis "je tors le cou à cette étape", je cherche sur google des images de punching ball pour illustrer ce billet (mais c'est moche), ou de lutte gréco-romaine (mais je ne vois pas trop, quand même, ce que ça viendrait faire là), je me raccroche à l'idée de sortir ce soir (manger, encore), il faudrait que je danse mais je ne sais pas sur quelle musique.

    Mais voilà, tout en même temps que ça bataille, c'est joyeux, il n'y a plus, dans la liste, que des projets qui me passionnent, et ces plongées sans parachute c'est exactement ce que j'aime faire (même si je préfère, avouons-le, les moments de grâce où la journée s'écoule dans le calme de l'étude et une concentration extrême et des pages claires et construites d'un coup), c'est pour n'avoir que des journées comme ça que j'essaye d'organiser ma vie professionnelle, et à temps plein des préoccupations d'écriture et de prises de catch avec les idées et les structures.

    Et puis à force de reprendre, de buter sur chaque mot, piquer du nez, enlever, remplacer, retendre, à force de ne pas avancer chaque chose commence à trouver sa place, sa musique juste. Accouchement d'un "machin" non prémédité qui tiendrait presque debout le bougre, ou bien, surprise, achèvement au détour d'un paragraphe d'un projet porté depuis tellement longtemps qu'on ne se souvient presque plus du début du chemin. Alors, laisser reposer, sortir, boire un verre, trinquer au diable au corps, à la force des bras, aux crampes à la tête.

     

    Une journée normale

     

    « La mystérieuse rencontre de Beauvais (2)La Tour, d'Hélène Bessette »
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  • Commentaires

    1
    Farafin
    Jeudi 23 Mai 2013 à 22:43

    A faire lire et méditer à tous ceusses qui croient que les poètes écrivent au fil de la plume, guidés par la Muse qui leur chuchote à l'oreille, et qu'ensuite vite ils apportent le dernier né tout chaud à l'éditeur qui n'attendait que ça.


    Et puis pour, vu l'urgence, gagner du temps, s'exercer à l'une des "101 expériences de philosophie quotidienne" de Roger-Pol Droit : boire en pissant. Ca a l'air tout bête, mais pas du tout !


    Tchinnn !

    2
    Mariette Profil de Mariette
    Vendredi 24 Mai 2013 à 08:41

    Cette expérience vaudra peut-être alors un autre billet paniqué! Pour l'instant, plus classiquement, j'ai essayé "écrire en mangeant" ou "laisser reposer en dormant"!

    3
    manucuchet
    Samedi 25 Mai 2013 à 01:08

    c'est bien ça :travail ,tu nous  le rappelle, vient étymologiquement de "tripalium" : torture !


     

    4
    Mariette Profil de Mariette
    Samedi 25 Mai 2013 à 09:00

    Bon, j'avoue qu'il y a sans doute de pires tortures que de faire le métier qu'on aime, chez soi, à son rythme, mais les jours où ça résiste ça demande en tous cas de la poigne!

     

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